Par où commencer ? Peut être par la fin, comme si nous avions trouvé La machine à remonter le temps, ou comme si le temps se fige dans chaque instant…
Difficile de trouver les mots pour résumer ces précieuses minutes qui défilent sur cette route parsemée de villages. Difficile de rendre compte combien cette aventure de 5 jours fut riche en enseignements, en découvertes de paysages, de personnes, de personnages, et aussi de chacun d’entre nous.
Impossible n’est pas français et certainement pas africain ou malien.
Mais dans un souci de vous faire vivre ces moments, reprenons notre montre et la chronologie de cette exploration en Pays Dogon.
Lundi 28, départ 06h00. Une petite demi- heure de retard. Le jour se lève. L « Africabus » (nom donné à notre bus par les jeunes) traversent Bamako déjà bien réveillé. 1er gare de péage pour utiliser la seule route qui mène au poumon du Mali. Des vendeurs de partout. Le soleil nous offre ses belles couleurs. Tous sont bien réveillés, aucun souci. Puis ca y est. Nous traversons des paysages, des villages. Au milieu de nulle part on découvre un berger, ou un « pèlerin ». Les villages sont animés de leurs vendeurs d’arachide, d’eau, de gâteaux, une diversité incroyable. La route est belle, de longues lignes droites. A chaque arrêt, des jeunes, voire très jeunes courent vers le bus. Toujours un bonjour, un sourire. Nous dégustons des madeleines « maison » succulentes (2.50 francs-oui nos francs ou 250 francs CFA les 20 !), des racines de manioc, du sésame… les gares de péages se succèdent, seul moyen d’entretenir ce lien autoroutier. Nous dépassons motos bien entendu, mais aussi des semi remorques, et ces « bus » surchargés. C’est beau. Un sentiment de liberté, d’évasion, d’une époque résolue où chacun prend le temps de vivre. Il fait chaud aussi, très chaud. Magiques baobabs à perte de vue qui ressemblent à ces monstres vivants, gentils monstres paisibles articulés de multiples bras. C’est beau ! Pause déjeuner déjà. Un restaurant à « toubab » (comprenez blancs). On se rend compte que cette région attire toujours autant. Frites haricots verts et poulets. Les jeunes dévorent, mais les quantités ne sont pas celles de la venise malienne. Exemple aussi de se restreindre pour une fois dans cet univers où nous croisons ces gens qui sourient et pourtant… porter l’eau du puit, marcher des heures, et pour seul jeu (pour les enfants) essayer de vendre quelques produits…et pourtant, combien de saluts, de coucous, de sourires… souvent nous leur expliquons notre projet. A ceux qui ont pu aller à l’école, ils comprennent le français. Les autres connaissent les mots nécessaires. Et ce projet fascine nos interlocuteurs du moment. Le bus se dirige vers Djéné, mais il faudra se dire que le marché sera difficile à voir vue l’heure qui tourne.
Le bac est là. En effet pour se rendre à Djéné, il faut emprunter un bac pour traverser le fleuve. A gauche comme à droite tout est à déguster, à avaler, à prendre. Les couleurs, les douceurs, peut être aussi certaines douleurs de ces pêcheurs qui sans cesse jettent leur filet pour nourrir la famille. Djéné est toute proche. Cette ville inscrite au patrimoine de l’Unesco est unique au monde. Tout comme son marché, le plus grand de l’Afrique de l’Ouest. Nous traversons ces chemins de la ville et toutes ces maisons en terre, dont certaines sont millénaires. « Baba » est surchargé de touristes. Notre chambre ressemble à un grand carré avec des matelas à même le sol. Des toiles de tentes poussent sur chaque centimètre carré. Des jeunes, des plus âgés, toutes les langues se croisent ici. Sur le toit de l’hôtel, les jeunes ont peur de la pluie. Et oui, tout est en terre, partout, presque à perte de vue, mais aucun risque. Aucune tempête n’a changé Djéné. Seules les façades demandent un entretien. Le soleil ne va tarder à se coucher (18h00), le photographe veut saisir quelques instants de ce marché qui se désengorgent. Nous sommes dans un autre monde, nous sommes dans une sorte d’apocalypse merveilleuse. Le temps n’existe plus. Et pourtant, chaque instant offre une multitude d’émerveillement. La poussière des routes renforce ce tableau. Les gens escaladent, pas d’autres mots, se frayent un passage pour gravir le sommet de ces camions surchargés au maximum. D’autres paisibles prennent le thé. D’autres ont le regard perdu, fatigué surement de cette journée, de ce voyage aussi pour eux pour gagner quelques francs. Peu de touristes sont là. Oui, un autre monde que seuls vos yeux pourraient comprendre. Nos jeunes eux sont sur le toit, découvrant de leurs côtés ces paysages, ces toits plats, ces maisons, la lumière couchante. Et aussi la toilette ! Puis vient le repas, dehors, aux bougies agrémenté d’une bande de percussionnistes. Retour à la réalité, ces grandes tables de touristes… et le ventre rassasié de cette semoule si légère, les premiers pas de danses d’Africarel s’enchaînent sous les applaudissements de tous.
La nuit passée dans cet « igloo chaud de terre », les valises chargées sur le toit de l’Africabus, nous avons une petite heure pour découvrir Djéné redevenue la ville calme, belle, magique. Son immense mosquée connue de tous les spécialistes d’histoire, ses rues et ruelles, ses artères, et son cœur, ses habitants toujours très accueillants, ouverts, malgré l’inondation de touristes de la veille.
Mais il faut reprendre la route. Mopti n’est pas très loin et c’est là que nous devons y déjeuner et y passer 2 nuits. Toujours ces mêmes merveilles sur la route. Les paysages semblent se ressembler mais à bien y regarder, pas du tout. D’un coup des terres sèches, puis soudain des multitudes d’arbres immenses. Des paysans, des bergers toujours, des carrières aussi…
Mopti. Juste avant cette grande ville, des kilomètres de « verdures » noyées avec par ci et là des personnes courbées à recueillir le fruit de leur travail. Une autre ville, un autre monde encore, mais bien différents de Bamako. Super déjeuner dans ce resto tout proche de « Doux rêves » que la directrice française de cet hôtel a crée pour les mères célibataires. On y mange royalement. Installés, nous prenons la route pour nous rendre à nouveau sur l’artère du Mali et le cœur de Mopti, le fleuve Niger. Ici un autre fleuve formant des affluents gigantesques retrouve le Niger. Nous empruntons une pirogue pour traverser ce grand bras d’eau, et nous débarquons sur un village d’une communauté. Nous marchons vers ces « cabanes » peuplés d’enfants, de ces gens si pauvres et si accueillants. Toujours ces sourires. Le soleil va se coucher et nous en profitons pour l’admirer en compagnie de beaucoup d’enfants. Nous leur montrons les photos comme un partage et ils restent béats de voir figé ce que la nature leur offre chaque jour. Il n’y a que nous et eux ici. Magiques instants où là encore le temps s’arrête même si le soleil disparait très vite…puis nous entendons un prénom surgir d’une troupe d’enfants. « Damien » « Damien » « Damien » avec cet accent si typique. Comment ont-ils su son prénom ? En nous écoutant ? Tous nos jeunes nous surprennent de jours en jours avec ce contact et leurs sourires si faciles. Une sorte d’osmose inexplicable mais si belle à admirer. Et ces jeunes qui viennent « chahuter » Damien… qui lui d’un coup « se transforme en monstre ». Les bras levés, il « ronfle » et les enfants courent dans tous les sens en souriant. Puis reviennent vers lui pour qu’il recommence. A ceux qui connaisse Damien, l’émotion est à son comble ! Ce jeu dure de longues minutes à jamais graver dans toutes les têtes… vraiment toutes les têtes. La nuit est tombée, laissant percevoir quelques lueurs de la pleine lune et les quelques feux dominants du soleil. Les feux aussi s’allument près des « cabanes ». Difficile de rejoindre la pirogue tant Damien s’amuse avec tous ces enfants qui partagent la même émotion. Juste avant de quitter ce village, Damien donne nos bouteilles vides aux enfants qui le saluent avec des regards plein de tendresses. Oui, ici, les enfants sont prêts parfois à se battre pour récupérer les bouteilles d’eau vide ! qu’en font-ils ? Ils les revendent, ils font des jouets avec tout ce qu’ils récupèrent…
La pirogue nous ramène à la ville sous la nuit. C’est beau, le temps s’arrête là aussi.
Méga dîner et un gros dodo car demain, LA journée…
Réveil 06h30. Chacun est prêt. Il est vrai que l’idée de voyager dans de gros 4×4 motive la troupe.
Le Pays Dogon, son cœur, enfin de ses cœurs nous attend.
A suivre…
Ce matin grasse matinée, et une sortie cet après midi à la maison des jeunes et sieste pour les plus fatigués. Tout le monde se porte à merveille.
3 liens photos pour illustrer ce récit (Vers Djéné, Djéné, et Mopti)/